Présentation


[…] Le cheminement de Désert plein – soif, sommeil, silence permet d’entrer graduellement dans les paysages de Min Jung-Yeon jusqu’à la dernière étape du périple qui se termine sur l’installation monumentale et immersive Tissage créée pour l’exposition Carte blanche à Min Jung-Yeon, MNAAG – Guimet, 2019-2020. Le titre fait référence au désir de réconciliation que Min Jung-Yeon poursuit à travers son œuvre – terrain où s’expriment et luttent émotions et éléments contradictoires. Ces contrastes se retrouvent dans les éléments même de l’installation : troncs de bouleaux organiques enchevêtrés avec des tuyaux de cuivre par-dessus lesquels s’étendent des plumes blanches, tels des immenses ailes d’oiseaux. Plumes qui s’inspirent d’un rituel chamanique de passage entre mondes. Des miroirs apportent une confusion et des visions nouvelles qui échappent au contrôle de l’artiste.

Ce qui reste

par Amélie Adamo, critique d'art et commissaire d'exposition

Exposées au Centre Culturel Coréen, les nouvelles œuvres de Min Jung Yeon reflètent une singulière cohérence et évolution dans le travail de l’artiste. Bien sûr, elles s’inscrivent dans une même tentative de réconciliation et de mise en tensions d’éléments hétérogènes, aux frontières du réel et de l’irréel. Mais elles se sont délestées d’une forme d’accumulation complexe de formes et de couleurs pour frayer vers quelque chose de plus simple, où le vide et l’abstrait ont pris une place primordiale. Le contrôle permanent du geste et l’anticipation mentale ont laissé place à plus de légèreté, de lâcher prise, de hasard. Progressivement, qu’il s’agisse de l’acrylique, de l’encre de Chine ou du crayon, la manière et la palette se sont épurées, comme en témoigne « Foret » (2021) : à la lisière d’hier et d’aujourd’hui, si la profusion des arbres au-devant rappelle encore les paysages antérieurs, l’arrière-plan lui s’est vidé, simplifié, blanc, fantomatique.
Ce processus d’épuration aboutit aux œuvres récentes, peintes en 2022. Si le paysage est toujours là, il se concentre maintenant sur quelques éléments, la mer, un rocher. Et si l’artiste use toujours d’éléments plus écrits, hyperréels, l’ensemble demeure très dilué, où l’acrylique s’épand en vastes étendues plus abstraites. La palette y est très réduite à une ou deux couleurs. Y domine le blanc, le bleu, le gris. Sans aucun doute, dans ces nouveaux paysages, Min Jung Yeon nous parle-t-elle toujours de ses terres intérieures. Mais quelque chose en elle a bougé. Il y avait, avant, de par la complexité, de par la saturation, l’expression d’une intériorité fourmillante, parlant de plein de choses à la fois. Aujourd’hui l’artiste semble s’être concentrée sur la saisie d’un seul élément, d’une seule émotion. Quelque chose s’est simplifié, vidé et se donne à voir dans sa nudité. A l’image de ces éléments minéraux, ambigus, à la fois là et en retrait, qui apparaissent sur ce fond gris et froid : coulisse de soi-même ?
Dénuement formel, dénuement de l’être. Comme après une longue traversée du désert. Il y a le sommeil, le silence, la soif. Il y a un immense vide, creusé par tout ce qui est mort en soi. Et sous ce vide, des morceaux inconnus de nous-mêmes, à fouiller, à déterrer, à découvrir. Que représentent ces paysages ? Ce qui reste. Après les vaines croyances, après les échecs. Après tout ce que l’on a solidement construit, que l’on croyait ancrer sur un socle de fer et qui soudain vacille et implose comme une motte de terre. Ce qui reste. Après la solitude, après la nuit. Quand ce sont tues les illusions d’hier et qu’il reste à écrire dans une langue secrète, pour que revienne à l’aube ce qu’on ne connaît pas. Ce qui reste. Un presque rien. Ou presque tout.

Agenda


TALK

Conversation entre Min Jung-Yeon et Amélie Adamo, critique et commissaire d'exposition

jeudi 02 mars19h30Centre Culturel Corréen,20 rue de la Boétie, 75008 Paris

VISITES de l'exposition Désert plein, soif, sommeil, silence

en compagnie de Min Jung-Yeon

Réservation avant le 10 février

samedi 11 février - 11h00samedi 11 février - 14h30Centre Culturel Coréen,20 rue de la Boétie, 75008 Paris

Presse


Publications et textes


RENCONTRE | Min Jung-Yeon

Lors de la carte blanche à Min Jung-Yeon – MNAAG – Musée Guimet, Paris, 2019-2020