La nouvelle exposition présentée à la galerie réunit six artistes berlinois·es sous le titre There’s a Man in a Smiling Bag, l’un des trois indices donnés à un agent du FBI par un étrange gentil géant dans l’épisode 1, saison 2 de la célèbre série Twin Peaks de David Lynch. Cette citation met l’accent sur une approche empreinte de mystère, élément commun à la pratique des six artistes.

Puisant autant dans des références de pop culture que des figures mythologiques, les œuvres réunies dans cette exposition tissent une sorte de récit trans-dimensionnel et trans-temporel, qui se métamorphose perpétuellement. Personnages louches, corps transfigurés, chairs organiques et gestes crus se déploient dans l’exposition comme des fantômes ; spectacle autant de la fragilité du temps comme de sa souplesse, There’s a Man in a Smiling Bag propose d’ouvrir une brèche, un espace-temps anarchique où les systèmes s’effondrent et de nouvelles significations émergent. Les voix des six artistes dépassent les certitudes et laissent parler l’étrange. Travaillant une multitude de supports et techniques – tapisserie, huile, métal, plexi, papier, textile et vidéo – la matérialité sensible des œuvres emplit l’espace de la galerie d’une obscurité ludique, transportant ses spectateurs dans une atmosphère à la fois apocalyptique et féérique tout à fait singulière. Riche aussi de références littéraires, picturales et cinématographiques, chaque œuvre cache en son sein des couches multiples dans lesquelles il faut creuser, pour (peut-être) dévoiler le mystère.

Inspiré par le cinéma, tant comme source inépuisable d’imaginaires que comme forme composite de plans successifs, Heiner Franzen (né en 1961 à Papenburg, Allemagne) crée des récits multiples, entre rêves et mythes d’un présent trouble. Comme une exploration de la psyché humaine, ses installations vidéo et ses dessins, sur papier ou sur feutre, se pensent en fragments, en constellations éclectiques qui nourrissent un système plus large, dans lequel images, espaces, mouvements et souvenirs se réécrivent perpétuellement. Il travaille le glitch comme matière, jouant des coupes, des traits et des plans comme autant de manières de faire basculer le contexte, d’augmenter le récit. Dans son installation vidéo Hands, il donne à voir une chorégraphie fragmentée de gestes de mains de la sénatrice démocrate Katie Porter qui scénarise ses interventions entre mots et gestes. Quand Heiner Franzen l’avait vu discourir pour la première fois, il avait eu l’impression qu'elle utilisait des dessins d'Albrecht Dürer ou de Léonard de Vinci comme storyboard. La présence physique et gestuelle/active du récit est ici mis en avant.

Le travail de Fee Kleiss (née en 1984 à Kuchen, Allemagne) se construit par collecte et ajout, cherchant la beauté, la grâce, même l’innocent dans les choses délaissées du quotidien. Objets perdus et oubliés s’assemblent dans ses sculptures comme dans ses peintures et collages, venant détourner le récit qu’on leur appose mais proposant aussi un panorama sensible et critique de la société dont ils sont extraits. Structure de chaise transformée en cocon, Grey Lodge semble abriter une colonie d’êtres et de plantes en métamorphose. Son titre est un amalgame du Black Lodge (le mal à l’état pur) et du White Lodge (son contraire) évoqué dans la série Twin Peaks. Étoile de mer capturée en filet, Shelly cache en son cœur un trésor brillant – comme l’huitre sa perle. Les jeux d’association et de contrastes entre des matériaux éparses invite l’entrelacement des sentiments humains : humour, tendresse, érotisme, drame, beauté ou désespoir. Tels des cellules vivantes et grandissantes, les formes organiques ainsi construites propose comme une nature morte – ou plutôt ranimée, un paysage bavard, joyeux et tendre qui cherche à ouvrir de nouvelles conversations.

À la fois direct et doux, Philip Grözinger (né en 1972 à Brunswick, Allemagne) ne fait pas de détours ; l’écriture est simple et efficace. Dans ses œuvres denses et hautes en couleur, drames et intimités quotidiennes se retrouvent – le café du matin fait face à un accident sur le point de se produire alors que se déploie autour une poésie de petites fleurs, soleils, arcs-en-ciel et chats en déambulation. Tout est placé au même niveau – le drame fait face au banal – la vulnérabilité est visible. Déconcertantes par leurs contradictions, l’immédiateté de ces images est trompeuse. Philip Grözinger cherche à établir un champ de tension ; l’absurde n’est plus qu’une idée, il devient tangible. Avec la peinture True love, l’artiste fait dialoguer Le mythe de Sisyphe de Camus et la chanson True Love Will Find You in the End de Johnston. Ici, la pierre a fini par faire corps avec l’homme. Philip Grözinger nous montre Sisyphe au milieu du processus, déchiré mais en vie. Face au constat d’absence de sens ultime de Camus, la chanson de Johnston répond : Quelque chose de vrai va finir par vous trouver. La peinture Gorgone exprime quant à elle la fascination de l’artiste pour cette figure éponyme tragique, vouée à tuer par le regard après avoir été violentée dans sa simple existence. Trois visages aux yeux en feu et trois petites bouches fermées : se lit ici l’indicible, le silence face au drame.

Par une pratique du dessin libre et organique, Lou Hoyer (née en 1985 à Berlin, Allemagne) compose des mondes à part, comme une joyeuse métamorphose du vivant. Des symboles récurrents semblent tracer un parcours, un fil rouge tant dans son travail que dans ses expositions et permettent de jouer avec ce que l’on voit et ce que l’on croit voir. Souvent, un rideau dessiné sur le mur ou le fond du tableau transforme le dessin en spectacle, ouvrant une porte sur ces scènes surréalistes ou bien gardant secrètes les histoires qui s’y trament. Son travail sur plexi découpé offre une nouvelle surface moins définie. Le corps déformé, presque grotesque, semble comme saisi dans son processus de métamorphose, révélant l’autorité du spectateur qui surplombe la pièce. Dans les dessins présentés (Minor second – Kleine Sekunde et Behind the Curtain) le corps lui-même est à la fois acteur et sujet se démultipliant, s’ouvrant et se dévoilant, transformant ses courbes en un monde à explorer.

Dans les tapisseries de Kata Unger (née en 1961 à Berlin, Allemagne de l’Est), codes et chaos s’entremêlent. Le tissage sert à véhiculer une imagerie riche qui n’est pas sans rappeler des univers du moyen-âge où cohabitent êtres imaginaires et humains. L’approche est punk, rebelle et critique – des mots tels des slogans s’immiscent dans les scènes où les êtres tentent de surnager. Radeau de la Méduse ou Arche de Noé ; lutte, sexe, douleur et jeu se retrouvent sur des terrains mouvants ou dans les turbulences d’un malstrom. Un tiraillement entre rêve romantique et illusions cabossées se manifeste, porté par une palette délicate. L’œuvre Mystical anarchist. Philosophical Zombies. en constitue un bel exemple. Avec le procédé lent et fastidieux du tissage Jacquard, Kata Unger inscrit patiemment une réflexion sur le monde – son regard étant simultanément tourné vers l’avant et vers le rétroviseur.

Par une pratique pluridisciplinaire de la céramique, de la peinture, du dessin et de la laine feutrée, Marlon Wobst (né en 1980 à Wiesbaden, Allemagne) met en scène le corps humain dans toute sa simplicité. Multipliant les médiums comme autant de manières d’approcher le corps dans l’espace, il met au centre de son travail la matière comme une autre présence corporelle, qui vient absorber, dissoudre, brouiller les frontières. Le motif de l’eau, récurant dans son travail, lui permet de jouer avec le trouble, le saccadé, l’effacé, composant et décomposant les corps qu’il manipule sous et sur la surface. Travaillées comme matière picturale, les chairs colorées s’entassent, s’empilent et se retrouvent dans un désir de faire société. Ici à même le sol, les personnages de Kuschler et Kuschler*innen – câlins féminins et masculins – se perdent dans un brouhaha vivant et sensuel, jusqu’à ce que leurs silhouettes, qu’on imagine poussiéreuses, se perdent dans le paysage.

Agenda


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du 21.06 au 29.06.2024 – inclus

RENCONTRE

vendredi 22 mai 202619h30 

48 rue de Turenne, 75003 Paris

PARIS GALLERY WEEKEND

29.05 > 31.05.26

La galerie participe à la nouvelle édition de Paris Gallery Weekend – 3 jours d’évènements dans les galeries parisiennes

 

Dimanche 31.05.26 à 16h

Le journaliste et auteur William Irigoyen présente son livre
34 rue Neuve, éditions Fayard, 2026

GALERIE MARIA LUND

LA GALERIE MARIA LUND (Paris, le Marais) soutient, depuis 1999, un art contemporain qui combine profondeur conceptuelle et pertinence plastique ; des oeuvres fortes, qui suggèrent un sens plus qu’elles ne l’imposent, qui dans une forme contemporaine soulèvent des questions existentielles.

48, rue de Turenne
75003, Paris, France

T. +33 (0)1 42 76 00 33

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